mai 02, 2003

agir et réagir

Préambule : ça fait mal à la tête de se la vider. Ca fait très mal au crâne d'essayer de comprendre ce que je viens d'écrire. La majorité d'entre-vous n'ira pas jusqu'au bout. Moi-même j'ai bien failli m'arrêter avant la fin.

Je suis confronté à une crise. Une petite révolution du cerveau qui me tourmente, en fourbe, à divers moments de la journée. Lunar avait raison, ca couve. Lunar se trompait, aussi. Avant d'aller plus loin, laissons-nous aller à une petite rétrospective hebdomadaire.

Revenons, donc, sur la réunion paris-sans-fil (mettez les tirets là où ils sont nécessaires). La tourmente semée dans cette association par les délires de Martin Loyer m'ont fait réagir. Je me suis inscrit, pour voir comment réagissaient les gens, pour prendre la température, pour mesurer l'ampleur de la crise. Et j'ai vu monsieur Dortu, au nom curieusement prédestiné, briser, casser, détruire. J'ai vu tout le monde se monter contre lui, se souder, recoller, construire. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire ce que je pensais de ses façons, et ca a rendu Lunar joyeux et triste. Réaction à laquelle je m'attendais, d'ailleurs. C'est difficile de construire quelque chose qui paraisse sérieux de l'extérieur quand on a des amis avec soi. Ca finit vite par ressembler à un noyautage. Et c'était tout sauf l'esprit que tout le monde souhaitait insuffler au nouveau PSF. Quoi qu'il en soit, je n'ai vraiment pas pu me retenir. J'ai réfléchi pendant un bon moment avant de me décider, mais il fallait que je le fasse. Est ensuite venue la réunion. Je ne sais vraiment pas ce qui m'a poussé à y aller, j'ignore si c'était mon amitié pour Lunar et l'envie de lui filer un coup de main, un soutien moral, ou si c'était autre chose de plus profond. Comme une envie de participer à quelque chose de concret, dans ma petite vie bien réglée. Quoi qu'il en soit, j'y suis allé, sourire aux lèvres et fleur au chapeau. En costume sombre, tout de même, histoire de bien montrer que je n'étais pas un cubain révolutionnaire. Ou peut-être aussi parce que j'étais habillé comme ça ce jour là, et que j'avais exclu de rentrer au Kremlin me changer juste pour aller à la réunion. Bref, je suis arrivé à l'heure (c'est assez rare pour le souligner...) à la maison des Métallos, et j'ai attendu que ca commence. Dès que j'ai eu franchi le seuil, je me suis senti un peu bizarre. Je n'étais pas à ma place, ces gens autour de moi avaient tous une passion commune, de laquelle j'étais, en quelque sorte, exclu. Ils se connaissaient tous, je connaissais lu'. Et c'était tout. Plus que jamais, j'étais mal à l'aise. Je me suis mis un peu à l'écart, pour observer, pour écouter, comprendre. On a fait un tour de table, où tout le monde s'est présenté. Les allusions directes ou non à l'ancien PSF fusaient, et ca parlait technique, un peu. Je sentais ces gens énervés, remontés. Je l'étais, au fond, au moins autant qu'eux, je ne supporte pas les sabotages. Mais je ne faisais pas partie du processus, au fond. J'angoissais un peu, attendant le moment où je devrais me présenter. J'ai bien dû préparer 42 versions différentes, et finalement, on m'a zappé. Soulagement. Clin d'oeil à Lunar. Sourires. J'ai quand même dû me présenter, à la fin. Juste avant de quitter la salle. Toujours aussi à l'aise en milieu inconnu (Perrine vous en parlera, et ses parents encore mieux, probablement), j'ai murmuré un truc incompréhensible, et je me sentais complètement cramoisi. Comme ça ne se voit pas sur mon visage, je ne sais pas si les gens s'en sont rendu compte. Moi j'étouffais un peu. Après le tour de table, les gens ont (enfin) commencé à discuter des statuts. Au bout d'un quart d'heure, on avait tiré beaucoup de cheveux, quelques personnalités étaient apparues au grand jour, mais le débat ne faisait que commencer. Je devais rentrer pour dîner avec Perrine, je suis donc parti. Avec un petit goût amer, et une impression bizarre. Je m'étais auto-proclamé à part dès le départ, et je m'étais isolé. Et je partais le premier. J'étais vraiment venu en touriste.

Ca fait plusieurs semaines que je tourne et retourne ce genre de constatation dans ma tête. Je n'arrive pas à me positionner (rien à voir avec les CSS, si ce n'est un certain flottement hésitant). Ca commençait déjà quand j'ai rencontré Pierre Oysel avec Eve. Je ne me sentais vraiment, mais alors vraiment pas à ma place. Je n'arrivais pas à me situer, à établir de lien entre tout le monde. L'idée, c'est que je rêve de changer les choses. Dans plusieurs domaines. J'ai, comme Lunar, des utopies, plus ou moins grandes. Mais je suis aussi en désaccord clair avec tout ce que j'entends. Il n'y a aucun manichéisme dans ma démarche, cependant. C'est juste que je trouve tout le monde trop extrémiste. En même temps, je reconnais qu'il faut des extrêmes, ne serait-ce que pour justifier le centre, positionner les limites. Ce flottement, mes hésitations, mes désaccords, font qu'on me trouve souvent tiède (je me trouve carrément froid), et que je me pose bien (trop?) souvent en médiateur. Ca m'exaspère. Mais c'est ma raison d'être. On me trouve blasé, vieux con, et désabusé. Et je le suis. Ca m'attriste énormément, mais je le suis. J'ai le sentiment que toutes les luttes sont perdues d'avance. L'impression que, quoi qu'on fasse, la LEN et l'EUCD passeront, le RIAA arrivera en France, le TCPA dominera le marché, et que les CD ne seront plus copiables, et que je n'aurai plus qu'à mettre à la cave mon lecteur de mp3, dans un grand coffre, avec mes ordinateurs désuets. Le sentiment bizarre que quoi qu'on y fasse, le logiciel libre finira hors-la-loi. Ou tellement limité dans son champ d'application qu'il n'en sera plus vraiment libre. Je voudrais prendre les rênes, tirer le pays vers le haut, provoquer des débats, provoquer le réveil des citoyens, donner un grand coup dans la fourmilière. Mais personne ne pense comme moi. Ou plutôt, personne n'a les mêmes vues sur la façon dont il faudrait le faire. Le mélange des utopies donne un brouhaha énorme qui ne fait qu'empirer les choses. Et conforter les mafias. J'en baisse les bras.

J'en ai marre d'être une antithèse. J'en ai marre de rester calme. J'en ai marre d'avoir la voix qui tremble quand je parle en public. J'en ai marre de ne pas trouver les mots quand on m'attaque. J'en ai marre de ne pas oser. Mais j'en ai déjà marre d'en avoir marre. Tiens, je vais m'assommer avec un un coup2mass, et j'enchainerai avec ArtSonic et Watcha. Ca me changera les idées.

Se défaire en mensonges
Effervescence de trouble
Se confondre en songes
Pas de sentiment double

Tu sais, tu sais tout
Tu connais tous mes démons

Des lettres généreuses
Où nos chimies sont de "bonne science"
Des heures creuses
A rendre des comptes à la conscience
Il serait fou de voir
Que tu rêves en douce
D'être différente de mon aimant

Tu sais, tu sais tout
Tu connais tous mes démons
Maintenant...

paroles: Mass Hysteria - Montherlant.

Rédigé par manu à 15h25 | TrackBacks (1)
Categorie: [maux de tête]
Commentaires
Lunar le 2 mai 2003 à 15h34

Même si je rêve d'une utopie, je cherche quand même le concrêt. Sinon, impossible de trouver la force de continuer.

Et on peut tous faire bouger les choses. La preuve, je t'ai fait bouger, toi, pour que tu écrives cela.

ze le 2 mai 2003 à 17h41

"Ca fait très mal au crâne d'essayer de comprendre ce que je viens d'écrire."

ah bon ? je dois pas être doué pour "comprendre"... j'ai bien lu tout ce que
tu as ecrit, mais sans mal au crâne.

Solveig le 2 mai 2003 à 18h18

Bien sûr c'est pas encore notre génération qui trouvera toutes les solutions à tous les problèmes (Lu dit même qu'on se ferait chier dans un monde sans problème), même si chacun n'a qu'un bout incomplet de solution à proposer et même si ces solutions sont divergentes, voire opposées... eh bien, même si je ne suis pas prête à investir ma vie dans la lutte contre les injustices, je trouve malgré tout que c'est important de se sentir concerné(e), d'en avoir conscience, d'y réfléchir et d'en parler, parce que les solutions de demain c'est aujourd'hui qu'il faut les envisager, le progrès (social, technique, ce que vous voulez) se fait peu à peu, par chaque personne qui s'en soucie. Si personne ne se motive, rien ne sera fait. Mais #¤$£%, qu'est-ce-que c'est énervant de se sentir impuissant(e) quand on a conscience de tout ce qu'il faudrait changer...
Pas de problème, nous on y pense, nos enfants feront la révolution.

Emmanuel le 2 mai 2003 à 21h08

Hmmm... On n'a pas que nos prénoms en commun...

kiddik le 2 mai 2003 à 21h57

J'me souviens d'un manu qui me disait, lorsque j'étais jeune stagiaire, que la spé SRS, c'etait surtout une spé ou les étudiants pouvaient en faire ce qu'ils voulaient. C'est vrai, et là je pense faire parti des acteurs ....
Tu avais raison, et oui il y a beaucoup de chose à changer .. Je ne prepare pas de révolution ... J'apporte ma pierre.
Et toi aussi, notre petit mainteneur Debian, tu apportes ta pierre dans le monde du libre, toi aussi tu fais changer les choses à ta mesure (la bulle ?), toi aussi tu as des convictions et tu les discute. Un jour, sans t'en apercevoir, tu auras marqué les esprits avec tes paroles, tes idées ... si ce n'est déjà fait !

TDD le 5 mai 2003 à 18h22

Moi ce post me fait l'effet d'un coup de déprime avec peu d'attaches à la perception que j'ai de toi, manu.

Je trouve au contraire que tu t'impliques efficacement dans beaucoup de choses, petites ou non, importantes ou non, mais tu t'y impliques et tu fais bouger les choses ou les esprits.